DCL

Une étude récemment menée montre que l'Homme choisit inconsciemment ses amis en fonction des séquences d'ADN qu'ils ont en commun.

Les chercheurs ont comparé les gènes de près de 2 000 individus ne présentant aucun lien de parenté entre eux et en ont conclu que les amis partageaient davantage de variations génétiques que de parfaits inconnus.

Ces conclusions corroborent les clichés bien connus selon lesquels « qui se ressemble s'assemble », ou encore « on ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses amis ».

Selon Nicholas Christakis, spécialiste en sciences sociales à l'Université Yale, « l'Homme entretient des relations à long terme avec des individus de son espèce. C'est en cela qu'il est unique. Pourquoi agit-il ainsi ? Pourquoi cherche-t-il à se faire des amis ? En plus de cela, il préfère la compagnie des personnes qui lui ressemblent ».

Il ajoute que les chercheurs ont mené cette étude dans le but de « comprendre les origines et la signification de l'amitié d'un point de vue purement évolutionniste ».

Les recherches s'inspirent des données de l'étude de Framingham dont l'objet consiste à analyser les facteurs de risques de maladies cardiovasculaires auprès des habitants de Framingham (Massachusetts). Les chercheurs ont examiné les données relatives à l'ADN des habitants et ont déterminé qui était ami avec qui.

Après avoir analysé près de 1,5 millions de marqueurs de variations génétiques, les chercheurs ont découvert que les amis seraient aussi proches génétiquement qu'une personne avec son cousin au quatrième degré ou son arrière-arrière-arrière-grand-parent, ce qui se traduit par 1 % de gènes identiques.

 Le gène le plus partagé par les amis serait le gène « olfactif » à l'origine de l'odorat.

 Nicholas Christakis affirme que, contrairement à ce que l'on pourrait croire, « 1 % est un chiffre significatif pour les généticiens ».

 « La plupart du temps, nous ne connaissons pas nos cousins au quatrième degré, ajoute-t-il. Pourtant, nous parvenons à sélectionner parmi une multitude de possibilités les personnes qui ressemblent le plus à nos proches ».

D'après les conclusions, cette tendance à choisir nos amis en fonction des gènes que nous partageons aurait participé à l'évolution de l'humanité.

 « Imaginez que vous soyez le premier être humain sur Terre à développer la parole, explique Nicholas Christakis dans une interview accordée à Live Science. Cette mutation participerait-elle à l'Évolution de votre espèce ? La réponse est non, puisque vous n'auriez personne à qui parler. »

Le chercheur précise par ailleurs qu'un gène de la parole ne serait utile que si deux amis partagent ce même gène. En d'autres termes, les gènes d'une personne évolueraient davantage en fonction de ceux de ses amis.

DCL
DCL

Néanmoins, les scientifiques ont émis certaines réserves. Par exemple, ils précisent que les individus auraient tendance à se lier d'amitié avec d'autres individus issus de la même origine ethnique. Pour arriver à cette conclusion, ils ont mené leur étude auprès d'individus d'origine européenne uniquement.

 Les chercheurs ont comparé des paires d'échantillons de parfaits inconnus et d'amis, en s'appuyant sur un « degré d'amitié ». Celui-ci détermine si deux personnes pourraient être amies à partir de leurs antécédents génétiques.

 « Nous mettons en évidence les différences entre des individus amis et des individus pouvant être amis, parmi un échantillon issu d'une même origine », explique James Fowler, professeur en génétique médicale à l'Université de Californie (San Diego).

 L'étude a été publiée le 14 juillet 2014 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences).

SCNews