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A l’âge d’environ huit ou neuf ans, je me suis lancée dans la découverte de la frontière entre le sommeil et l’état de veille. Chaque soir avant de m’endormir, j’étais persuadée que je pourrais identifier le moment précis où ma conscience allait s’échapper, laissant place aux rêves. Je n’ai jamais réussi à trouver cette limite exacte. En revanche, je me suis entraînée au rêve lucide, même si ce n’était pas mon intention première.

Désormais, des recherches ont mis en avant l’existence d’un interrupteur qui déclencherait le passage de l’état de conscience à l’inconscience. Mohamad Koubeissi et ses collègues, chercheurs à l’Université George Washington à Washington DC, sont les premiers à avoir trouvé une technique permettant de stopper l’état de conscience, grâce à une stimulation électrique d’une zone du cerveau, le claustrum.

Cette découverte fortuite pourrait nous aider à mieux comprendre le fonctionnement de la conscience, l’un des plus grands mystères du cerveau humain.

Les chercheurs firent cette découverte alors qu’ils étudiaient le cas d’une femme souffrant d’épilepsie. Ils ont utilisé des électrodes pour effectuer une stimulation cérébrale profonde et enregistrer des signaux provenant de différentes aires du cerveau, afin de déterminer l’origine de ses crises. L’une des électrodes était placée près du claustrum, une couche de matière grise fine comme une feuille de papier située en dessous du néocortex.

Le neuroscientifique Francis Crick avait déjà par le passé émis l’hypothèse que cette partie du cerveau pouvait être le centre de contrôle de la conscience, bien que cette zone n’ait jamais été stimulée auparavant. Francis Crick et son collègue du Allen Institute for Brain Science à Seattle,  Christof Koch, avaient été les premiers à découvrir la structure de l’ADN.

 

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Koubeissi et son équipe se sont rendus compte que Crick et Koch avaient probablement mis le doigt sur quelque chose. Lorsqu’ils ont stimulé la zone au moyen d'impulsions électriques transmis par les électrodes, la patiente, alors en pleine lecture, s’est arrêtée de lire et regardait dans le vide, ne réagissant plus aux stimuli auditifs ou visuels. Sa respiration était plus lente. Elle avait perdu toute conscience. Une fois que les chercheurs ont cessé les impulsions, elle reprit immédiatement conscience mais ne se souvint pas de l'épisode. Ils ont par la suite réitéré l’expérience pendant deux jours et ont à chaque fois constaté le même phénomène.

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Suite à ces résultats, le magazine New Scientist a publié un article dans lequel Koubeissi affirme sa position quant au rôle essentiel du claustrum dans la conscience humaine.  Il explique à la journaliste du New Scientist, Helen Thompson, que pour lui, « cela fonctionnerait un peu comme une voiture ».

« Une voiture peut rouler grâce à différents éléments qui contribuent à la mettre en marche, comme par exemple l’essence, la transmission ou le moteur. Mais il n'y a qu'un seul endroit où mettre la clef de contact qui va tout faire fonctionner. Bien que la conscience soit un phénomène complexe, impliquant de nombreuses structures et connexions, il se pourrait bien que nous en ayons trouvé la clé ».

 

Le scientifique Anil Seth, qui étudie la conscience à l’Université du Sussex au Royaume-Uni, tient toutefois à souligner que le cerveau de la patiente observé lors de cette étude n’est pas représentatif d’un cerveau « normal ». Cette dernière avait en effet subi une ablation d’une partie de l’hippocampe dans le cadre d'un traitement pour soigner l’épilepsie.

Il faudra certainement poursuivre les recherches dans ce domaine, mais ces résultats mettent en lumière l’un des aspects les plus mystérieux de l’existence. Nous serions enfin capables de déterminer parmi les espèces vivantes, lesquelles auraient ou non la conscience d’elles-mêmes et du monde dans lesquelles elles vivent.

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